21 avril – 20 mai 2009
« Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours !
(...) Mais je demande en vain quelques moments encore, le temps m'échappe et fuit. »
Lamartine me pardonnera de lui emprunter quelques vers, mais le temps passe si vite ici ! Dans quelques jours, un avion de Maybe Airlines [1] nous reconduira vers la Mère Patrie.
Je n’ai pas eu le temps de vous écrire plus tôt, ces dernières semaines, qui s’annonçaient plutôt calmes après le pic de la Semaine sainte, ayant vu s’accumuler
nombreuses activités mineures. Rien de passionnant à raconter la plupart du temps, à l’exception de… mais vous lirez plus bas ! Cela fait quand même une longue chronique… très longue…
Côté météorologie, je ne vais pas trop m’étendre pour ne pas vous rendre jaloux. En voyant les informations télévisées françaises, je pensais bien à vous et j’aurai
aimé vous envoyer de ce beau temps que nous avions ici en abondance. Nos bons militaires, râleurs comme tout français qui se respecte, se plaignaient de conditions climatiques peu habituelles à
cette saison au LIBAN. Ils regrettent maintenant ces périodes plus tempérées. J’avoue que, pour ma part, je suis ravi des 34°C à l’ombre que nous avions hier.
21 avril
C’était prévu et le planning des restructurations de la zone française de NAQOURA est respecté. Aujourd’hui, la chapelle déménage. Elle est transférée dans un
Corimec près de l’actuel bureau du chef d’état-major. Á terme, toute cette partie du camp deviendra la zone vie. Mes successeurs auront du travail pour l’aménager correctement. Certes, la
pièce est plus grande, mais elle perd en cachet. Il nous faudra attendre pour habiller un peu les murs, le service du casernement étant actuellement submergé par les demandes de travaux.
Heureusement, nous avons profité de ces mouvements pour remplacer nos chaises qui commençaient à dater. Des bancs sont commandés chez un artisan local.
24 avril
Aujourd’hui, c’est jour de fête chez les cavaliers qui fêtent leur patron, saint Georges. Au IVème
siècle, tous les sujets de l'empereur Dioclétien sont instamment invités à offrir des sacrifices aux dieux de l'empire. Cet ordre est tout spécialement
appliqué aux militaires, car il est le signe de leur fidélité aux ordres impériaux. Á Lydda, en Palestine, un officier, originaire de Cappadoce, refuse. Il est exécuté pour refus d'obéissance.
Aux nombreuses fioritures morbides dont enrichit son culte la piété populaire, s'ajoute au XIème siècle, la légende de la lutte victorieuse de saint Georges contre un dragon malveillant qui symbolise le démon. Selon une tradition bien établie au Liban, ces faits se
seraient déroulés à BEYROUTH. Ce dont on est sûr, c'est qu'au IVème siècle, l'empereur Constantin lui fait
édifier une église à Constantinople. Au SUD-LIBAN, proche de la PALESTINE, de nombreuses paroisses sont placées sous son patronage.
J’ai demandé aujourd’hui au Père Fady, religieux maronite et directeur du Collège CADMOUS de TYR, de célébrer la messe dans sa liturgie vénérable.
Le P. Fady EL MIR avant la messe
De toutes les Églises orientales, l’Église maronite est la seule qui soit entièrement catholique. Aux alentours de l’an 400, vécut dans les montagnes de Syrie un
ermite du nom de Maron. On sait très peu de chose de ce solitaire, dont les disciples formèrent le noyau initial de cette Église. Près du lieu de sa mort s’édifia un grand monastère qui devint
rapidement un centre spirituel pour les chrétiens locaux. L’Église maronite accepta le concile de Chalcédoine et fut même persécutée pour cela au VIème siècle. Elle n’est donc pas une Église monophysite[2]. Elle relève de la tradition antiochienne d’expression syriaque. Aujourd’hui, elle compte vingt-trois diocèses et deux vicariats au Liban, en Syrie mais aussi dans le monde
entier comme en France, en Argentine ou en Australie. Le nombre de maronites est estimé à un peu plus de 3 millions.
Quelques caractéristiques du rite maronite : La messe maronite, de structure très différente de la messe romaine, est célébrée « dos au peuple », en langue
syriaque et en arabe. La consécration est toujours en syriaque, langue qu'on appelait jadis du terme assez générique d'araméen, parlée par le Christ et les Apôtres. La principale anaphore –
prière eucharistique – est celle dite « de saint Jacques ». Il en existe une trentaine d’autres, dont treize seulement sont utilisées, la plus usitée étant « l’anaphore des douze
Apôtres ». Le patriarcat a récemment ajouté au missel l’ancienne anaphore de saint Pierre, appelée Charar (son premier mot). La chasuble a la forme de la chape dans la liturgie romaine. Les deux pans de l’étole sont cousus ensemble et le prêtre porte une ceinture et des manchettes
ornées, de la même couleur que les autres ornements. Il tient à la main une petite croix dont il se sert pour les nombreuses bénédictions. Les charges de chorévêque, d’archiprêtre et de
bardoût (visiteur) sont liées à celles de l’évêque. Elles donnent le droit de porter la crosse. L’Église maronite a
adopté le calendrier grégorien dès 1606. Tous les patriarches portent le prénom de Boutros (Pierre, en arabe), en souvenir du ministère de l’Apôtre à Antioche.
La messe sous le Rubhall des COBRA
29 avril
Le mandat se termine bientôt pour les Français et c’est la saison des Medal parades. Entendez par là la remise de la décoration de la F.I.N.U.L. Cette décoration est accordée au nom du Secrétaire général des Nations Unies à tous les militaires ayant passé au
moins 90 jours « au service de la paix » sur le théâtre. J’assiste à tout cela en spectateur, ayant déjà reçu cette décoration lors de mon séjour de 2004.
Aujourd’hui, c’est au tour du G.T.I.A. de recevoir ses médailles. Le général de division italien GRAZIANO, Force
commander, préside la cérémonie. Samedi prochain, les militaires français de NAQOURA seront décorés par le général de BAVINCHOVE, représentant de la
FRANCE au LIBAN.
Les Tirailleurs d’Épinal en tenue de tradition
4 mai
D’habitude, nous profitons du lundi matin pour souffler un peu à NAQOURA après la tournée express du dimanche sur les trois sites français. Ce matin, il en va
différemment. L’affaire était entendue depuis quelques jours, mais je ne voulais pas en parler avant d’avoir passé la frontière : nous partons en Terre Sainte.
Le général de BAVINCHOVE me l’avait proposé lorsque j’étais allé me présenter à lui en arrivant sur le théâtre, mais j’avoue que j’avais cru alors qu’il s’agissait
d’une promesse en l’air. Alors, quand, la semaine dernière, le colonel français, chef de la Liaison Branch entre le LIBAN et ISRAËL m’en a reparlé, j’ai sauté sur l’occasion.
En fait, si la procédure reste exceptionnelle et doit être justifiée par une mission concrète, elle est assez simple. On établit un Request for border clearance qui est visé par le chef d’état-major du contingent français et accordé par le chef d’état-major de la
F.I.N.U.L., en l’occurrence le général REPFRANCE. Ledit Request est ensuite transmis par fax au poste de la
Sureté libanaise à la frontière – à deux kilomètres au Sud du camp de l’O.N.U. – au poste F.I.N.U.L. du no man’s land et au poste frontière israélien.
Très simple, donc, sauf quand on apprend le jeudi matin au petit déjeuner que le Request n’est jamais arrivé au bureau du général et qu’il s’est perdu entre le secrétariat du chef d’état-major français et le chef d’état-major et qu’il n’est toujours pas signé 72
heures avant le départ. Là aussi, la conduite à tenir est simple : on pardonne – en la maudissant intérieurement – à la petite secrétaire qui se confond en excuses, on prend ses rangers les
plus rapides, on établit une nouvelle demande et on court la faire signer partout en croisant très fort les doigts pour que le secrétaire du bureau de liaison ne rentre pas trop tard d’une
mission à l’autre bout de l’A.O.R. et puisse envoyer les fax dans les délais.
Enfin, tout est bien qui finit bien, comme le dit le proverbe, et nous voilà partis pour la Palestine occupée alias Israël, selon les convictions de chacun. Employons l’expression traditionnelle de Terre sainte et tout le monde s’y
retrouvera.
Notre Kangoo a déjà vécu bien des expéditions mais il ne se doutait
certainement pas qu’il franchirait un jour cette frontière. Le poste libanais n’a pas l’air débordant d’activité. Il est armé par trois personnels des Forces de sécurité intérieure qui se
contentent de vérifier que nos noms sont bien ceux portés sur le Request et nous souhaitent une bonne mission.
Le passage au poste de la F.I.N.U.L. est encore plus rapide et, quelques centaines de mètres plus loin, nous arrivons au poste israélien. Quelques soldats casqués et armés font les cent pas
derrière la barrière, mais personne ne semble s’intéresser à nous. Au bout d’une dizaine de minutes, un jeune sous-officier se présente enfin, vérifie la conformité de nos identités et nous fait
entrer. Notre véhicule est checké au dessus d’une fosse par un soldat qui vient visiblement d’être tiré de son
lit… Après un rapide passage sous un portique magnétique pour vérifier si nous ne portons pas d’armement, une jeune « soldate » nous fait renseigner des fiches et tamponne nos visas. Une
vingtaine de minutes après nous être présentés nous entrons en Terre Sainte.
Tout au long de notre périple, une grande constante : à part l’excellent état du réseau routier et les cultures de la Plaine de Galilée que nous longerons au
retour, rien ne nous dépayse vraiment du LIBAN. Mêmes paysages, même type d’habitat, même type humain, même saleté le long des routes, un mode de conduite automobile assez similaire hors
agglomération, même kebabs et falafels. En revanche, les panneaux de signalisation routière, en plus de leurs inscriptions en alphabet occidental et souvent en arabe, sont en hébreu.
Sur la Route de JÉRUSALEM
Le but du jeu est maintenant de rallier JÉRUSALEM, à 205 kilomètres de la frontière. Cela parait très aisé quand on regarde Mappy ou Viamichelin, mais sur le
terrain, on manque parfois d’indications. D’autant que la route que l’on est censé suivre n’est pas forcément celle qui est en face aux carrefours et que les stations-service (ne pas en chercher
dans les kibboutz) ne proposent que des cartes renseignées en hébreu. Nous arrivons tout de même en fin de matinée.
Notre hôtel est situé à une petite demi-heure à pied de la Vieille Ville où nous nous rendons dès le déjeuner pris.
La Vieille Ville est un immense souk oriental dans lequel il n’est pas facile de s’orienter. Mais, de boutiques de tissus aux boutiques d’objets de piété en passant
par les boucheries et les épiceries, nous arrivons à l’église du Saint-Sépulcre.
Bien avant la construction d'un édicule au-dessus du tombeau et d'une église (la première datant de 335), l'endroit était considéré comme le lieu de crucifixion et
de sépulture de Jésus-Christ et tenu en vénération par la communauté chrétienne de Jérusalem qui s’est toujours rappelée du lieu, même lorsque le site fut recouvert par le temple d'Hadrien. Selon
un juif ancien archéologue de la ville de Jérusalem, si l’on ne peut pas être absolument certains que le site de l'église du Saint-Sépulcre est bien le site de la tombe de Jésus, aucun autre lieu
ne peut affirmer des arguments contraires de poids et il n’y a aucune raison de rejeter l'authenticité de l’endroit. Le Saint-Sépulcre lui-même est une petite pièce de 2 m 02 de longueur sur 1 m.
de large. Trois ou quatre personnes peuvent s’y tenir à la fois. La banquette qui a reçu le corps de Jésus est cachée par des dalles de marbre blanc. On ne peut y rester qu’à peine trente
secondes, un moine assurant à l’entrée la « régulation du trafic » pour permettre à tous d’entrer.
L’entrée de l’édicule renfermant le Saint Sépulcre
Ce jour-là, nous avons assisté à une cérémonie haute en couleurs. Des byzantins (catholiques ou orthodoxes) se pressaient – au sens littéral du terme – en
procession au Tombeau pour célébrer la Résurrection du Christ. Ils tiennent des paquets de cierges allumés qu’ils élèvent en criant : « Χριστός Ανέστη ! Αληθώς Ανέστη !
Christos anesti ! Alithos anesti ! » « Le Christ est ressuscité ! Vraiment, Il est
ressuscité ! »
« Alithos anesti ! »
S’il est certainement impressionnant pour un simple touriste d’entre dans ces lieux chargés de deux mille ans d’histoire, à plus forte raison l’émotion est grande
pour un chrétien et plus grande encore pour un chevalier du Saint-Sépulcre qui a l’obligation morale d’y accomplir au moins une fois dans sa vie un pèlerinage.
J’en profite pour faire un peu de pub et vous dire quelques mots sur
l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem auquel j’appartiens. Sa fondation a longtemps été attribuée à Godefroy de Bouillon, après la prise de Jérusalem par les croisés en 1099, mais tire
plus probablement ses racines du corps de chevaliers recrutés localement au XIIème siècle pour la défense du
royaume latin de Jérusalem et dont les adoubements paraissent avoir été célébrés dans l'église du Saint-Sépulcre. L'Ordre prend son essor historique en 1335, date de la récupération du
Saint-Sépulcre par les chrétiens et les franciscains, permettant ainsi la reprise des pèlerinages en Terre Sainte. Conféré militairement par un chevalier reconnu par les papes et les souverains,
il est tout au long des XIVème et XVème
siècles inspiré par l'idéal de chevalier chrétien formulé par saint Bernard et incarne la fidélité à l'esprit et à l'idéal des croisades. Il passe à l'extrême fin
du XVème siècle sous le contrôle direct des Pontifes romains.
La mission actuelle de l’Ordre est définie par le pape. Ses membres s’engagent à soutenir matériellement et spirituellement les chrétiens de Terre sainte et les
œuvres du patriarcat latin de Jérusalem. Il y a en Palestine d’importantes communautés chrétiennes depuis les premiers temps du christianisme et jusqu’à nos jours sans discontinuer. Aujourd’hui,
les populations catholiques arabophones se trouvent souvent en état de discrimination. L’accès aux études universitaires ne leur est pas facilité. De ce fait, on assiste à un véritable exode de
nombreux membres de ces communautés qui se trouvent ainsi affaiblies et incapables de se suffire à elles-mêmes. L’Ordre a donc pour objet de financer, en toute priorité, le diocèse patriarcal
latin de Jérusalem. Celui-ci compte 72.000 fidèles répartis dans une soixantaine de paroisses situées dans l’Etat d’Israël, sur les territoires de Cisjordanie et de Gaza, dans le Royaume
Hachémite de Jordanie et en République de Chypre. Le clergé compte un patriarche, deux évêques, quatre-vingt prêtres auxquels s’ajoute la congrégation palestinienne des Sœurs du Saint Rosaire
forte d’une centaine de religieuses. En plus du grand séminaire de Beit Jala accueillant une soixantaine d’étudiants, le patriarcat latin compte des jardins d’enfants, des dispensaires et des
maisons pour personnes âgées et handicapées. C’est sur cet ensemble que l’Ordre est appelé à intervenir, en particulier pour l’entretien et le développement de tout le réseau éducatif. Président
de la Conférence des Evêques latins des régions arabes, le patriarche joue un rôle important au proche orient tout en appartenant au Synode des évêques, organe de l’Eglise universelle.
Dans l'entrée de la basilique se trouve la Pierre de l'Onction, une dalle de calcaire rose, entourée de candélabres et surmontée de huit lampes, qui correspond à la
XIIIème station du chemin de croix, la Via
Dolorosa, qui parcourt les rues de JERUSALEM. Selon la tradition, il s'agit du lieu où le corps de Jésus aurait été préparé pour la sépulture, non loin
de la croix.
La Pierre de l’Onction
5 mai
Nous poursuivons notre visite des Lieux saints. Aujourd’hui, nous « donnons » dans l’interreligieux puisque nous commençons par le Mur occidental, plus
connu sous le nom des Lamentations. Ce mur est un vestige du mur d'enceinte, érigé par Hérode afin d'étendre le plateau quasi naturel sur lequel les temples de Jérusalem avaient été construits.
Le pan de 57 mètres de long visible n'est en fait qu'une partie de la muraille occidentale, de 497 mètres de long. Le reste est actuellement situé pour une partie dans le quartier arabe de la
ville, utilisé comme quatrième mur par les maisons attenantes, et, pour l'autre, enterré sur plus de 200 mètres. Le Mur des lamentations est révéré par les juifs pour sa proximité avec le Saint
des Saints du Temple, détruit par TITUS en 70 après Jésus-Christ, lieu le plus saint du judaïsme.
Le Temple construit par SALOMON était le signe qui garantissait l’accès direct – bien que voilé – au Seigneur parce l’Arche d’Alliance – auparavant placée par DAVID
sous une tente au même endroit, était dans le Saint des Saints. Le Seigneur était présent au dessus. À une époque inconnue, sans doute à la destruction du temple par NABUCHODONOSOR, en 586 avant
Jésus-Christ, l’Arche disparut. Malgré cette perte, la présence du Seigneur continua à demeurer dans la maison. Le Mur occidental est donc considéré comme l'endroit le plus saint accessible
aux juifs qui viennent y prier à toute heure. Des arches saintes contenant des rouleaux de la Torah ainsi que des tables pour y lire ont été aménagées, ce qui fait techniquement du mur une grande
synagogue à ciel ouvert. Une cloison séparant hommes et femmes a également été installée. Les musulmans le nomment depuis les années 1920 El-Bouraq, du nom de l'un des chevaux de Mahomet lorsqu'il fit le voyage nocturne dont il sera question plus bas.
Le Mur occidental, devant lequel il faut avoir la tête couverte
Des juifs orthodoxes portant le châle de prière, ou talith
Au dessus du Mur occidental, sur l’emplacement du Temple d’Hérode, se trouve l’esplanade appelée Mont du temple par les chrétiens, esplanade du temple par les juifs
dont elle est le premier lieu saint, et esplanade des mosquées par les musulmans qui la considèrent comme le troisième lieu saint de l'islam après La Mecque et Médine. Pour eux, Jérusalem
est Al-Quds ( La Sainte). Pourtant Jérusalem n’est pas la ville où l’islam a été fondé. Les musulmans se
référent à une expérience mystique vécue par Mahomet.
Selon le Coran, c'est là que la foi d'Abraham est testée par son Dieu dans l'épisode du sacrifice de son fils ainé, Ismaël (Isaac selon la Bible, les récits du
Coran et de la Bible ne s'accordant pas sur le nom du fils impliqué). Pour les musulmans, cet endroit est surtout le point d'où Mahomet est monté au paradis lors de Isra et Miraj, le voyage nocturne que Mahomet a
fait de La Mecque au « Lieu le plus lointain » Al-Aqsa – considéré comme étant Jérusalem – emporté par
la jument Al-Bouraq (l’éclair). Arrivé sur les lieux, il attacha sa monture devant la porte de la
mosquée où il entra accomplir deux génuflexions et inclinaisons dans une prière dite de salut. Ensuite, il fit une ascension à travers les cieux par une échelle de lumière en compagnie de
l'archange Gabriel. Il rencontra Jésus, Jean-Baptiste, Adam, Abraham et d’autres prophètes. Puis il retourna à La Mecque la même nuit.
Érigé sur l'esplanade de l'ancien temple d'Hérode, le Haram al-Sharif (« le noble sanctuaire »), et recouvrant le rocher sur lequel, selon la Tradition, Abraham devait offrir son fils en sacrifice, le Dôme du Rocher
(Qubbat As-Sakhrah), appelé parfois « mosquée d'Omar » fut construit par le calife Abd el-Malik
entre 688 et 691. Grâce à son emplacement sur un lit de pierre, les nombreux tremblements de terre au travers des siècles n'ont pas causé de dommages importants au bâtiment (contrairement à la
mosquée voisine d'Al Aqsa). Achevé en 691 ou dans la seconde partie de l'année 692 selon les chercheurs, il
constitue donc l'un des plus anciens monuments de l'islam.
Le sanctuaire fut couvert de plomb dès 691 jusqu'à son remplacement par un revêtement de coloris doré en 1965. A cause de la rouille, le revêtement d'aluminium
anodisé fut encore changé en 1993 par un revêtement en or.
Dès le règne de DAVID, ce rocher était l’autel sur lequel étaient offerts les sacrifices d’animaux au Dieu d’Israël. Devant le premier Temple, construit par
SALOMON, cet autel des holocaustes faisait, selon le 2ème Livre des Chroniques, 20 coudées en long et en
large, et 10 de hauteur (9 m sur 4,50 m). En son centre, se trouve un trou, toujours visible, par lequel s’écoulaient le sang et la graisse des animaux sacrifiés.
Selon la tradition arabe, les Musulmans reconnaissent sur le Rocher Sacré l’empreinte du pied du Prophète lors de son élan vers le ciel. Au dessus du rocher est
suspendue une urne d’argent dans laquelle seraient conservés quelques poils de la barbe du Prophète.
Tout le monde n’a pas la chance d’être le pape… Je n’ai donc pas pu entrer. Jusqu'en 1998, l’accès était autorisé aux non-musulmans munis d'un billet
d'entrée.
Sur l’esplanade des mosquées
Devant le Dôme du Rocher avec l’aumônier musulman Soufiane El Bariki
La mosquée Al-Aqsa fut construite sous le règne d'Abd al-Malik. Elle compte 15
arcades qui ont souffert d'un certain nombre de tremblements de terre et ont été restaurées à plusieurs reprises. Aucune n'a été intégralement préservée, à l'exception de celles du mur
sud.
Sous les Croisés, la mosquée fut transformée en église. Un important retrait, qui existe encore, fut aménagé sur le côté est correspondant au plan des églises qui
ouvrent vers l'Orient.
La mosquée actuelle possède neuf entrées, dont sept sont situées dans le mur nord, l'une dans le mur ouest et la dernière à l'est. Le mur nord est doublé par une
colonnade composée de sept piliers de pierre soutenant des voûtes entrecroisées. Elle donne sur la place du Haram al-Sharif par une importante ouverture sous un vaste arc brisé.
Le plan au sol de la mosquée mesure 50 x 80 m. Il comprend sept nefs orientées nord-sud, la centrale étant la plus large et la plus haute. Les trois colonnades
ouest sont soutenues par d'importants piliers, celles de l'est par une succession de colonnes de marbre importées d'Italie lors de la restauration de cette partie par le Haut Conseil islamique
dans la première moitié du XXème siècle. À l'extrémité sud de la nef centrale s'élève une coupole
hémisphérique en bois soutenue par des trompes. Au-dessous se dresse un superbe mihrab (chaire) édifié sur
l'ordre de Salah al-Din Ayyoubi (Saladin) lorsqu'il libéra la mosquée de l'occupation croisée en 1187 après Jésus-Christ.
Mosquée Al Aqsa
Intérieur de la mosquée Al Aqsa
Cet après-midi, nous nous rendons à BETHLEEM.
Située à environ cinq kilomètres au sud de Jérusalem, la ville biblique de Bethléem (en hébreu, Beit Lehem
signifie la maison du pain) est mentionnée pour la première fois dans le Livre de la Genèse (35, 19) qui rapporte que Rachel mourut en couches près de Bethléem sur
la route d’Efrat, et que Jacob dressa un monument sur sa tombe. Bethléem est cependant plus connue, dans la tradition juive, en relation avec le roi David et, dans la tradition chrétienne, comme
le lieu de naissance de Jésus.
Des fouilles archéologiques indiquent qu’à l’époque du premier Temple, la ville fortifiée était située dans le secteur de la basilique de la Nativité et que les
grottes situées sous cet édifice avaient probablement été utilisées comme des dépendances des habitations privées (débarras, écuries, etc.). Cette utilisation des grottes et de logements taillés
dans le roc était courante dans la région jusqu’à l’époque moderne. Au IVème siècle, l’une de ces
grottes devint un lieu saint considéré comme le site traditionnel de la Nativité.
L’actuelle basilique est l’église consacrée la plus ancienne du monde. Elle fut construite par l’empereur byzantin Justinien (527-565) sur le site dune basilique
plus ancienne érigée par l’empereur Constantin, en 325.
Au fond, la basilique de la Nativité
La grotte de la nativité : VERBVM CARO FACTUM EST
Policiers palestiniens
On ne peut pas parler de BETHLEEM sans évoquer ce que certains, même dans les rangs israéliens, le « mur de la honte ».
La barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie sous le nom de « clôture de sécurité » (security
fence), dans le but officiel d'empêcher physiquement toute « intrusion de terroristes palestiniens » en Israël. Cette construction, dont le
tracé de près de 700 km est controversé et n'a pas été foncièrement modifié malgré les pressions internationales, consiste dans sa longueur en une succession de murs, de tranchées et de portiques
électroniques.
Pour quitter ISRAËL, nous n’avons pas eu de problème. Au pied de notre hôtel, nous avions pris un bus qui s’est légèrement détourné de son itinéraire afin de nous
déposer devant le poste de contrôle israélien. Sur présentation de nos ID cards de l’O.N.U., nous sommes
passés avec le flot de Palestiniens qui rentraient de leur travail à JÉRUSALEM.
Au retour, c’est « une autre paire de manche ». Déjà, il y a beaucoup moins de passage dans ce sens, vu l’heure tardive. Ensuite, il n’est pas facile de
trouver l’accès au contrôle. Nous vivons un court instant d’inquiétude en constatant que les passages semblent fermés. Enfin, un feu vert s’allume et nous passons sous les portiques
électroniques. Je les avais trouvés bien sensibles à l’aéroport de ROISSY, mais ce n’était rien à côté de ceux-ci qui sonnent sans qu’apparemment je n’aie rien de métallique sur moi. J’avais
consciencieusement vidé mes poches, à l’exception d’un paquet de cigarettes dont l’aluminium a mis en émoi la sécurité israélienne ! Mais les difficultés continuent.
Au check point où nous étions passés sans encombre un peu plus d’une heure
auparavant dans l’autre sens, une fonctionnaire zélée exige nos passeports. J’ai beau lui expliquer que nous sommes entrés avec nos cartes de l’O.N.U. et que nous n’avons pas de passeport, rien
n’y fait, elle veut voir nos passeports. J’ai alors la lumineuse idée de lui montrer le visa de séjour qui porte le numéro de mon ID card
et une lumière d’intelligence semble éclairer un instant son regard. Elle me rend le tout et demande les documents de mon camarade d’infortune. Las ! Elle
n’avait pas remarqué à la première lecture que son nom de famille ne sonnait pas vraiment le Breton… et elle conserve lesdits documents en redemandant… devinez ? Nos passeports ! Depuis
longtemps, les quelques Palestiniens qui faisaient la queue derrière nous avaient changé de file… Les vexations quotidiennes, ils connaissent…
Je conçois tout à fait que nous ayons la tête de deux dangereux terroristes, mais pour aller mettre en jeu la sécurité d’ISRAËL il faut que nous rentrions à
l’hôtel. Je hausse donc le ton et, dans un anglais que je ne soupçonnais même pas pouvoir parler, lui explique que nous sommes membres de l’O.N.U., par conséquent, sous statut diplomatique et que
si elle ne veut pas bouffer son M16 elle a intérêt à appeler son chef fissa ! Elle se décide enfin à
décrocher son téléphone et à appeler le policier chef de poste. Celui-ci arrive rapidement et nous demande… nos passeports. Heureusement, il n’insiste pas quand nous déballons
ID cards et visas et nous souhaite un bon séjour en ISRAËL.
Vue sur Jérusalem, depuis Bethléem
Vue sur Jérusalem, toujours depuis Bethléem.
6 mai
Les meilleures choses ont une fin et il nous faut rejoindre nos unités cet après-midi. Nous mettons donc cette dernière matinée à profit pour revoir une dernière
fois les Lieux saints et visiter au pas de course les échoppes de la Vieille Ville. Nous ne sommes que début mai et le souk n’est pas encore encombré de touristes, mais la population locale
suffit à l’animer. On y retrouve la même vie que dans les souks d’Afrique du Nord, celui de MARRAKECH, par exemple. Mais on sent partout l’antiquité du site. Portes, salles en croisée d’ogive,
dallage, tout rappelle au visiteur le Moyen Âge supérieur.
Par la plus grande des coïncidences, un des assistants militaires du REPFRANCE est à JÉRUSALEM en ce moment. Comme tous les personnels qui séjournent six mois ou
plus sur un théâtre étranger, il a droit à deux semaines de permissions. Il a donc choisi de les passer en Terre sainte où son épouse et leurs trois petites filles l’ont rejoint. Ce midi, nous
sommes invités à déjeuner avec eux à l’appartement qu’ils ont loué tout près de la Vieille Ville. L’ambiance est assez « décalée », comme l’on dit de nos jours. L’appartement est loué à
des israélites français qui sont venus s’installer en ISRAËL. Avec ses commodes Louis XVI et la coupe de cheveux des filles du commandant, on est sur un îlot versaillais au milieu du MOYEN
ORIENT !
Nous quittons rapidement nos hôtes après le déjeuner, l’horaire de passage à la frontière étant impératif, et regagnons le LIBAN en longeant la Plaine de GALILÉE.
Pour nous embêter, un méchant clou a élu domicile dans un pneu du Kangoo. Heureusement, ce dernier accepte de
bonne grâce un peu d’air comprimé à chaque station service et nous pouvons arriver à l’heure au poste frontière.
Le poste frontière de Roch Hanikra vu d’Israël
Le poste de l’O.N.U., côté Liban
8 mai
Pour la dernière fois de ce mandat, je suis en liaison à BEYROUTH. L’armistice est commémoré chaque année au monument aux morts de la Résidence des Pins et une
délégation française de la F.I.N.U.L. assure les honneurs militaires. Je remarque que les troupes sont beaucoup moins nombreuses que lors de mon dernier mandat libanais. De mémoire, le piquet
d’honneur avait en 2004 l’effectif d’au moins un peloton, alors qu’aujourd’hui c’est un groupe de combat qui présente les armes.
La cérémonie est placée sous la présidence de M. André PARANT, ambassadeur de France, qu’accompagne le général de BAVINCHOVE et plusieurs généraux libanais et
franco-libanais de la 2ème section.
Après l’hommage aux morts et deux remises de décorations par l’ambassadeur et le REPFRANCE, M. PARANT et son épouse nous reçoivent à la résidence. Je vous ai déjà
montré quelques photos des magnifiques salons. Pas de Ferrero rochers, comme le prévoit la publicité, mais de
bons canapés et – le règlement du service intérieur de nos unités qui interdit les alcools forts ne s’appliquant pas ici – du whisky !
10 mai
Depuis le début du mandat, notre aumônier protestant m’avait transmis l’invitation du Pasteur SARKISSIAN à assister à un culte dominical au temple de l’Église
Protestante de Langue Française. Nous avons donc profité de la liaison du 8 mai pour rester jusqu’à ce matin à BEYROUTH.
La communauté francophone protestante n’est pas nombreuse et plutôt vieillissante, mais elle est animée par un pasteur très dynamique. Il a dû, au moment de la
guerre civile libanaise, quitter son presbytère situé à KRELTEM, dans la partie musulmane de Beyrouth, et y laisser toute sa famille pour aller se réfugier du côté chrétien. Mais pendant toute la
durée de la guerre, il est revenu dans son église tous les dimanches, au péril de sa vie, pour y assurer le culte.
L’épouse du pasteur, Thérèse, adorable franco-libanaise – qui refuse d’utiliser sa carte d’identité libanaise tant que son mari n’aura pas obtenu la
nationalité ! – tient l’antique harmonium à pédale du temple qui soutient le chant.
Après le culte, les paroissiens sont conviés à un café au presbytère. C’est l’occasion de discuter avec des français installés depuis longtemps au LIBAN et qui,
manifestement, s’y trouvent bien. Puis nous prenons un copieux déjeuner libanais préparé par Thérèse. Nous allons ensuite visiter le Collège protestant français, héritier depuis 1925 du
collège-orphelinat fondé en 1862 par les Diaconesses allemandes de Kaiserswerth. En effet, en application du traité de Versailles, celui-ci avait dû être remis à une association protestante
française.
Au presbytère du pasteur Sarkissian
13 mai
Aujourd’hui, je devais passer la journée avec le colonel du C.G.O.M. (Commandement de la gendarmerie d’Outre-Mer) venu visiter les brigades prévôtales. Mais c’est
bien l’armée : avant d’exécuter un ordre, toujours attendre le contrordre, afin d’éviter le désordre ! Appel téléphonique à 7 heures et demi ce matin : Finalement, la journée se
résumera au dîner « prévôtal » que nous prendrons chez Joseph ce soir après que je serai allé faire
acte de présence au buffet organisé par le général en l’honneur de la présence du général I.F.O.D.T (Inspecteur des forces en opération et de la défense du territoire). Quand je vous disais que
la saison était propice aux visites !...
Quoi qu’il en soit, je me retrouve avec un après-midi à occuper. Comme je devais de toute façon me rendre à 2-45, autant utiliser le temps agréablement. Je déjeune
donc avec le médecin-chef et son chef de secrétariat, puis je sacrifie enfin à la tradition préférée du poste médical : la pétanque ! Le match est rude ! Mon équipe perd
après des débuts prometteurs et une lutte acharnée…
Enfin d’après-midi, nous partons sur NAQOURA. En passant près d’un campement de travailleurs agricoles syriens, juste en face du camp chinois de la F.I.N.U.L., des
enfants nous font de grands signes amicaux. Nous distribuons par la portière quelques paquets de biscuits de campagne qui traînaient dans la voiture. Évidemment, une grand-mère sort de suite et
nous invite à prendre le thé. Nous entrons quelques instants, mais nous ne sommes pas très en avance sur l’horaire. Nous promettons donc de revenir dîner lundi prochain.
Abderrahmane, papa de Brahim et Zineb, leur maman et leur grand-mère
Brahim et Zined
18 mai
Ce matin, visite au Père Maroun. Depuis 2005, le curé d’ALMA SHAB assure la permanence de l’aumônerie militaire catholique française à NAQOURA. Même si le poste
d’aumônier a été rétabli dès 2006, le Père Maroun continue de célébrer au camp des offices en semaine. Depuis quelques temps, il ne peut plus accéder à la chapelle, son ID card, périmée, lui ayant été retirée par le poste de contrôle italien. Autre problème, les ID cards ne sont maintenant délivrées que sur présentation d’un contrat de travail entre l’autorité militaire et la personne
concernée. Difficile pour le colonel d’établir un contrat de travail pour célébrer la messe ! L’évêque aux Armées ne m’en voudra pas – j’espère – mais il fallait trouver une solution. J’ai
donc, en son nom, signé une convention entre lui et l’archevêque maronite de TYR – le Père Maroun a signé à sa place ! – désignant le curé d’ALMA SHAB comme adjoint de l’aumônier catholique
français. A priori, les trois exemplaires visés par le chef d’état major, cela devrait faire office pour la F.I.N.U.L.
Ce soir, nous dînons chez Abderrahmane. Chose promise, chose due, mais nous arrivons avec une bonne heure de retard, car il n’est pas toujours facile de se libérer
pour un dîner en fin d’après-midi, surtout en ces périodes de relève et de déménagements. Il y a toujours quelqu’un à voir, un coup de téléphone à passer ou un document à signer.
Nous sommes donc attendus comme le Messie et assis ou couchés par terre, nous nous sommes régalés de poulet grillé et de brochettes d’agneau jusqu’à tard dans la
soirée. Si les femmes n’avaient pas préparé pour vingt convives c’est qu’elles n’avaient préparé pour personne !
Dîner à l’orientale
Les enfants sont les mêmes partout…
19 mai
La fin du mandat approche. Il est temps de jouer à l’officier welfare (en
français : bien-être). Le poste existait jadis au tableau des effectifs du contingent français. Son rôle consistait à se promener sur tout le LIBAN, de repérer sites à visiter, piscines où
se détendre et hôtels ou dormir pour permettre aux soldats, cinq ou six fois au cours du mandat, de faire autre chose que monter la garde et de visiter un peu le pays sur lequel il sont venus
servir la paix.
Restrictions budgétaires, commandement frileux, mission trop prenante ? Sans doute un subtil mélange de tout cela. Peu importe, le fait est que la plupart des
soldats français ne connaissent du pays que les routes entre les camps et leurs itinéraires de patrouilles. Ah si, pour les plus chanceux, les restaurants de Mainguy Street à NAQOURA…
Pour récompenser ses capitaines de l’excellent travail réalisé, le « patron » du détachement logistique les a autorisés à passer un après-midi à TYR en
notre compagnie. Nous commençons – les militaires mangent beaucoup, me direz-vous, mais c’est parce qu’ils exercent un métier difficile – par déjeuner au souk. Je garde en mémoire l’expression de
surprise qui s’est affichée sur leur visage lorsque nous les avons fait entrer dans une boucherie ! J’y avais déjà déjeuné avec notre aumônier musulman et nous pouvions attester de la bonne
qualité de la viande. Bien sûr, il ne faut pas craindre de manger avec les mains et de s’accouder sur les pages de journal tenant lieu de nappe.
Fondée en 2750 avant Jésus-Christ sur une série d'îlots rocheux, la cité de TYR prit une extension telle que, au Xème siècle, son roi HIRAM en fit une seule grande île en en comblant les lagunes. C'était l'époque où le roi SALOMON construisait
son Temple, et c'est à HIRAM qu'il s'était adressé pour que celui-ci lui envoyât ses architectes et ses maçons, réputés pour leur habileté. SALOMON voulait construire à Yahvé un temple aussi
important que celui de Melqart, dieu de TYR. Le Temple de Melqart n'était pas le seul sujet d'admiration des anciens. Le commerce de TYR, son industrie, sa beauté émerveillaient les
contemporains.
La Bible la loue dans ces termes: « Ton empire s'étend par-delà l'Océan. Tu portes ton commerce dans les îles lointaines » ... Allusion aux comptoirs
phéniciens parsemés dans toute la méditerranée: CARTHAGE qu'elle fonda, MARSEILLE, CADIX, etc. Plus loin, elle parle de son industrie: « Par l'abondance de tes richesses, tu enrichissais les
rois de la terre », allusion à ses industries de la pourpre et de la verrerie. Et enfin, s'agissant de sa beauté: « Tyr, c'est toi qui as dit : Moi, je suis parfaite et beauté... Tes
constructeurs ont parachevé ta beauté. »
Mais elle connut aussi la colère de Yahvé : « Voici, dit le Seigneur, j'en veux à toi, Tyr. Et je ferai monter contre toi plusieurs nations, comme la mer fait
monter ses flots ». En effet, TYR était aussi une place forte: elle constituait, de par sa position géographique, un point stratégique de grande importance qui, malgré la malédiction du Dieu
d’ISRAËL, sut résister par la qualité de ses défenses et le courage de ses habitants aux plus grandes invasions. Elle tint en échec l'armée assyrienne de NABUCHODONOSOR pendant treize ans, alors
que le reste de la PHÉNICIE s'était rendue depuis longtemps. Si elle finit par se rendre à ALEXANDRE LE GRAND en 332, elle le fit au bout de sept mois, et seulement après que celui-ci eût fait
construire une digue qui unissait l'île à la terre. Elle avait été la seule ville à avoir tenu tête au jeune conquérant, et elle paya cher son arrogance : ceux de ses habitants qui ne moururent
pas pendant la bataille, furent mis en croix aux portes de la ville.
Au début de l'ère chrétienne, elle fit partie de l'Empire romain. C'est la TYR de cette époque que l'on voit exhumée : un premier chantier est constitué d'une
nécropole romaine et byzantine, bordée de sarcophages de marbre sculpté, la plupart représentant des scènes tirées soit de l'Odyssée, soit du mythe de Phèdre.
D'autres sarcophages portent des sculptures illustrant certains épisodes de la vie d'Achille extraits de l'Iliade d'HOMÈRE, notamment celui où le roi PRIM de TROIE
offre de précieux présents à ACHILLE, pour lui racheter le corps de son fils HECTOR. La "Rançon d'Hector" était l'un des thèmes favoris de l'art funéraire de l'époque, ce qui indique combien la
notion de survivance de l'âme était ancrée dans l'esprit des Grecs et des Romains. Plusieurs de ces sarcophages portent des inscriptions grecques indiquant le nom et le rang du défunt. Parmi
elles, on relève ceux de riches fabricants de pourpre.
Á gauche de cette nécropole s'étend un hippodrome, l'un des plus importants et des plus grands du monde romain. Il est absolument époustouflant par ses dimensions
gigantesques. Construit au cours du IIème siècle de notre ère, il fut recouvert avec le temps, par six
mètres de sable apporté par les vents et redécouvert récemment. Il servit de cadre au tournage de BEN HUR, avec Charlton HESTON, en 1959.
Comme à l'époque romaine, la ville encercle le site, sauf que cette ville est maintenant moderne, et que les colonnes se découpent sur fond de barres et de tours de
béton sale, avec la mer en toile de fond. On y voit parfois des élèves en train de faire leur gymnastique : l'hippodrome sert de stade aux écoles du coin, une manière de le faire participer à la
vie moderne.
Cet hippodrome, conçu pour les courses de chars, en forme de U ou d'épingle à cheveux, pouvait contenir plus de vingt mille spectateurs. Un axe spinal, marqué à ses
extrémités par des bornes de pierre (metae), divisait le parcours en deux voies. La course consistait à
accomplir sept fois le parcours. Le moment le plus dangereux était celui où les chars couraient à toute vitesse autour des metae pour repartir en sens inverse : des accidents spectaculaires avaient souvent lieu.
L’hippodrome
La ville, située en arrière plan du « port égyptien », c'est à dire du port Sud, est traversée par une rue flanquée de portiques, entourée de thermes,
d'un marché, d'un théâtre dans lequel avaient lieu tous les cinq ans l'équivalent des jeux olympiques, les jeux actiaques, qui se composaient d'exercices gymnastiques, de combats équestres et de
concerts.
Le troisième chantier historique de TYR est une cathédrale de l'époque des Croisés. Cette cathédrale est construite avec des matériaux de récupération,
principalement des colonnes en granit rose d'Assouan. Sous cette cathédrale, ou dans les environs immédiats, les archéologues espèrent trouver le temple de Melqart. Malheureusement je n’ai pas de
photographie du site.
20 mai
Quand j’ai commencé à rédiger cette chronique il y a quelques jours, je vous parlais de Maybe
Airlines. Gagné ! Nous apprenons ce soir que tous les vols sont décalés de quatre jours pour cause de voyage du Premier ministre qui a besoin de
nos avions pour emmener les journalistes… Mais nous repartirons bien un jour vers la France.
Cette vraiment très longue chronique est vraisemblablement la dernière de ce séjour libanais. Merci de l’avoir lue. Puisse-t-elle ne vous avoir pas trop ennuyés. Á
tous, je dis : « à bientôt ».
[1] Surnom donné par les militaires projetés en opération aux avions de l’Armée de l’air qui
nous transportent. En effet, avant d’être arrivé à destination, nul n’est en mesure de savoir avec certitude quand il décollera, ni quand il atterrira, ni quel(s) avion(s) l’y aura(ont) mené… Un
ami aviateur qui lit ces chroniques ne me démentira pas… N’est-ce pas, Alex ?
[2] La doctrine chrétienne s'est construite à l'origine autour du symbole de Nicée, c'est-à-dire
la reconnaissance de la consubstantialité du Père et du Fils, tout comme de la nature humaine du Christ. Les monophysites, en revanche, affirmaient que le Fils n'a qu'une seule nature et qu'elle
est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine. Ils rejettent la nature humaine du Christ.